Nos engagements
[Manifeste ]
Il y a trois ans, je me suis assise auprès de ma mère pour recueillir ce qu'elle savait. Elle avait
soixante -douze ans et ses gestes étaient intacts. Rien ne s'était perdu de ce que ses mains avaient appris avant moi. Les mois suivants, aux rencontres de La Chair Poétique, j'ai vu revenir la même chose chez des femmes de tous âges. Un besoin de reconnexion à leurs
racines, et la surprise de découvrir que cette reconnexion restait possible, ici, aujourd'hui,
auprès de ce lles qui détiennent encore ces savoirs. Le matrimoine est vivant.
Ce matrimoine forme la première moitié du mot Matrimiel. Le miel vient d'une idée qui m'est
chère. Dans la ruche, les abeilles de toutes les générations cohabitent, chacune à sa place, et la transmission s'y opère avec harmonie. La transmission est une fondation solide par temps de tourment. Le mot tourment est sans doute un euphémisme.
Ce que nous portons
Matrimiel est portée depuis mars 2025 par la Fondation Blan, dont Elya Verdal est membre du
comité de direction. L'ASBL Matrimiel a été constituée en juin 2026, rue Bosquet à Saint -
Gilles. Ce que nous appelons matrimoine relève du patrimoine culturel immatériel. Des
gestes, des recettes, des chants, des langues, qui n'existent que portés par des corps vivants et qui s'effacent avec celles qui les tiennent.
Le Festival Matrimiel a tenu sa première édition en mai 2026, entre le SAFFCA à l'Abbaye de
la Cambre et l'Hôtel de Wouters, à Ixelles. Quinze transmettrices y ont enseigné pendant trois
jours devant environ 450 participant·es, avec vingt -quatre bénévoles. Matrimiel Off suit le 24
octobre 2026 à la Maison de la Francité, puis l'édition 2027.
La Chair Poétique existe depuis novembre 2024, six à huit rendez -vous par saison. Des
autrices installées y lisent à côté de voix qui montent pour la première fois sur une scène.
Le studio documente. Mon corps sait enregistre des gestes et des voix en création sonore. La
première édition du festival a été captée par Yassin Nichol Serghini.
Apprendre par le corps
Les femmes qui guident les participant·es par la répétition des gestes s'inscrivent dans une
continuité ancestrale et pérenne. Nous croyons à cet apprentissage par le corps, dans une
époque où la déconnexion des méthodes numériques devient presque une néce ssité de santé.
Une main qui apprend à broder apprend aussi une manière de reprendre ce qui s'est défait.
Tisser des liens
Nous tenons ensemble deux pratiques qui rendent le festival vivant. Les ateliers de savoir -
faire, qui passent par les mains. Et les arts vivants, la poésie, l'écriture, la scène.Le latin texere signifie tisser. Il a donné le textile et le texte. Broder et écrire viennent du même geste, celui de faire tenir ensemble des fils séparés. C'est aussi ce que nous cherchons
entre les personnes qui viennent chez nous.
Le temps long
Nos ateliers durent deux heures trente en moyenne. Douze personnes au maximum en
écriture, huit en broderie. L'écriture et la broderie sont centrales dans nos modes de réflexion.
Ce sont des méthodes ancestrales, et elles permettent l'une comme l'autre de traverser un
vécu, de le reprendre, de le déplacer. On peut arriver sans aucune connaissance préalable et
repartir avec la richesse d'une expérience. Ces formats réduits créent de la proximité. Les
échanges y circulent, la chaleur s'installe, chacune est reconnue par son nom. La détentrice de savoir se tient au plus près des participantes, et c'est dans cette proximité que passe quelque chose entre les générations.
Depuis la marge
Celles qui enseignent chez nous partagent une expérience commune, celle d'avoir été placées
en marge de la visibilité. Grands -mères, artistes, transmetteur·ses d'ici et de multiples diasporas.
Nous mettons en lumière leurs savoir -faire depuis cette marge, et nous luttons contre l'âgisme qui les y a maintenues. Certaines transmettent un geste. D'autres racontent, comme dans la Bibliothèque vivante Des récits et des ailes portée avec ParagraFes, ce qu'elles tiennent de leur propre grand -mère et ce qu'elles ont traversé pour le garder.
La rémunération
La rémunération des intervenantes est une valorisation fondamentale. Nos partenaires nous
aident à tenir cet engagement pleinement.
Nous mesurons la valeur de la fidélité de certains d'entre eux. Un soutien maintenu dans la
durée nous permet de nous projeter sur un développement de Matrimiel décentré de
Bruxelles.
L'enthousiasme recueilli dans nos enquêtes de satisfaction nous confirme l'importance d'une
manifestation qui rassemble des personnes peu visibles et qui ont beaucoup à partager. C'est
de là que revient la joie.
L'accessibilité
Nous tenons compte de la diversité des publics. Une part de notre programmation est
proposée à des tarifs accessibles aux personnes précarisées.
Nous travaillons avec des associations relais, pour que celles qui n'ont accès ni à notre site, ni à la radio, ni à la presse, trouvent le chemin de nos ateliers.La joie
Les luttes contre toute forme de discrimination sont des vecteurs de joie au sein de Matrimiel.
La complicité immédiate, quel que soit le vécu de la personne, genrée ou non, quelle que soit
sa culture ou sa génération. Nos ateliers accueillent tous les par ticipant·es, quel que soit leur niveau, sans exigence de compétence.
Ce que chacune dit de son histoire familiale et de ce qu'elle en a reçu ouvre un espace
d'intimité et de connexion immédiate.
Notre équipe
Elya Verdal, fondatrice et directrice artistique. Assia Chhiti El Kasmi, en charge de la
production des évènements in situ . Nils Dewannemaeker, administrateur, responsable de la billetterie et de l'accueil des participant·es. Maël Dewannemaeker, administrateur, au
développement et à l'innovation, notamment sur le projet bilingue de la Chair Poétiqu e avec
le néerlandais. Notre diversité générationnelle permet de créer, de renouveler et d'ancrer un
projet culturel nécessaire.
Les lieux
Nous mettons tout en œuvre pour créer un espace où une transmission puisse avoir lieu entre des femmes de différentes cultures et de différentes générations.
L'esthétique des lieux fait partie de notre ADN. L'Abbaye de la Cambre, l'Hôtel de Wouters, la
Maison de la Francité. Accueillir ces savoirs dans des lieux de cette qualité participe de leur
reconnaissance.
Ce qui s'y transmet nous échappe en partie. C'est probablement le signe que cela fonctionne.
Ce qui nous occupe
Financer ce travail en maintenant la qualité des intervenantes, des ateliers et des lieux
d'accueil reste un questionnement majeur, au même titre que le développement hors de
Bruxelles et l'accessibilité à tous les publics.
Nous documentons nos ateliers par la photographie et le film, pour élargir encore l'accès à ce
qui s'y vit joyeusement .
Elya Verdal
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